Au-delà des faits divers, on se tue de moins en moins en France
Article paru sur le blog LeMonde de Laurent Mucchielli, le 20 juin 2011
Dans une petite commune proche de Béziers, une collégienne de 13 ans est décédée hier d’un traumatisme crânien. Elle a été battue par le frère d’une autre élève, âgé lui de presque 15 ans et qui est mis en examen pour « coups et violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Comme souvent, ce fait divers dramatique fait l’objet d’une forte couverture médiatique (et peut-être bientôt une récupération politique ?). Et, comme toujours, faute de connaissance du fond du dossier (l’enquête démarre à peine), la plupart des commentaires viennent plaquer des généralités sur ce cas particulier : augmentation permanente de la violence, rajeunissement des auteurs, durcissement des relations entre garçons et filles… Pourtant, les données disponibles ne confirment pas voire contredisent singulièrement ces généralités. Les homicides non seulement n’augmentent pas, mais de surcroît baissent fortement dans la société française depuis un quart de siècle. Et leurs auteurs sont très rarement des mineurs.
Le nombre des homicides a été divisé par plus de deux entre 1995 et 2010
Trois sources institutionnelles comptent chacune à leur façon les homicides : la statistique sanitaire des causes de décès, la statistique policière et la statistique judiciaire. L’on entrera pas ici dans le détail des problèmes méthodologiques (que le lecteur intéressé pourra trouver ici). Retenons que les trois sources indiquent une même tendance générale d’évolution. Après avoir augmenté dans les années 1970 et jusqu’en 1984, le nombre d’homicides a baissé en France de 1985 à aujourd’hui. Ajoutons même que, depuis 1995, cette baisse est particulièrement forte. Au point que le nombre des homicides constatés par la police et la gendarmerie a été divisé par deux en quinze ans : il était de plus 1 600 en 1995, il est de moins de 800 en 2010. C’est ce que l’on peut visualiser sur le graphique ci-contre. Et la baisse est même encore plus forte si l’on raisonne en taux pour tenir compte du fait que la population française a augmenté sur la même période (d’un peu plus de 50 millions en 1970, elle est passée à 56 millions en 1984, 59 millions en 1995 et 65 millions aujourd’hui). Cette baisse est donc en réalité aussi spectaculaire que peu commentée.
Source : ministère de l’Intérieur
Sexe et âge des auteurs d’homicide
Qui sont les meurtriers et qui sont leurs victimes ? On ne saurait le dire avec une totale précision car, même si la part du « chiffre noir » est très faible, tous les homicides ne sont pas élucidés par les policiers et les gendarmes. Seuls 80 à 90 % le sont, selon les années. Logiquement, ce sont les « règlements de compte entre malfaiteurs » qui sont les moins élucidés. A contrario, les infanticides (quand ils sont détectés) et les « autres homicides » le sont neuf fois sur dix.
Sous cette réserve, l’homicide est d’abord un crime masculin dans 85 % de cas. Et le temps qui passe n’y change rien : ce pourcentage était le même dans les années 1970. N’en déplaise aux Cassandre, la violence ne vient pas ici aux femmes. La part de ces dernières ne s’élève fortement que dans un cas très particulier d’homicide : l’infanticide. Rarement meurtrières, les femmes sont en revanche plus souvent victimes : dans environ 40 % des cas. N’en concluons pas que l’homicide est un crime d’hommes tuant des femmes ! Il s’agit majoritairement d’hommes tuant d’autres hommes, mais cette inégalité entre les sexes est néanmoins flagrante.
Après la féminisation, le rajeunissement des criminels est un autre sujet fréquent de fantasmes. En l’espèce, la part des mineurs parmi les auteurs d’homicides premièrement est globalement orientée à la baisse depuis les années 1970, deuxièmement est très limitée dans la statistique policière : de 4,5 à 6,5 % selon les années, bien loin de leur part dans l’ensemble de la délinquance enregistrée par cette statistique. En réalité, l’homicide est un crime de jeunes adultes. S’il se rencontre parfois à l’adolescence, il est plus fréquent encore à 60 ans. Surtout, il est en réalité concentré entre 20 et 40 ans et plus nettement encore entre 20 et 30 ans.
Concluons en disant que ce fait divers est évidemment dramatique mais qu’il n’est nullement représentatif de la réalité des morts violentes, ni de la délinquance des mineurs. Au vu des données et des recherches disponibles, il apparaît au contraire plutôt comme un cas hors normes
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