Hébergement des sans-abri : toujours trop d’urgence

Article de Marie Piquemal, paru sur Libération.fr le 02/11/2011

 

A partir du 2 novembre et jusqu’à la fin mars, les préfectures vont renforcer leurs dispositifs d’accueil dans le cadre du plan hivernal. A Toulouse, 40 lits supplémentaires seront ainsi disponibles dès mercredi. «Cela ne suffira pas. On va continuer à laisser des gens dans la rue, notamment des femmes seules et des couples avec des enfants, de plus en plus nombreux à nous appeler», s’inquiète une salariée du Samu social de Toulouse.

 

 

Cet été, avec l’ensemble des personnels de l’urgence sociale, elle a manifesté pour dénoncer un système à bout de souffle et un manque de moyens criant. Face à la mobilisation et après la démission tonitruante de Xavier Emmanuelli, le 19 juillet, le fondateur du Samu social de Paris, le gouvernement a finalement reculé, abandonnant son projet de réduire de 3,3% le budget alloué par l’Etat pour l’aide aux sans-abri. Une enveloppe de 36 millions a été débloquée pour fin 2011, «ce qui nous permet de revenir à la même situation économique que l’année dernière. On s’en félicite mais cela ne règle en aucun cas le problème de fond», insiste Matthieu Angotti, le directeur général de la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale (Fnars) qui regrette «la gestion court termiste» du gouvernement.

 

 

On ouvre des gymnases quand les températures baissent trop, on les ferme dès que le temps se réchauffe. «Le principe même du plan hivernal n’a aucun sens. Il ne s’intègre pas du tout dans la logique d’insertion, il n’y a aucun pilotage politique derrière, aucune ambition», se désole Matthieu Angotti. L’objectif de ces plans d’urgence se limite à mettre à l’abri le plus grand nombre de personnes pour éviter les morts de froid. Pour les conditions d’habitats dignes et la possibilité d’entamer un travail d’insertion, on repassera.

 

 

Pourtant, cette année, même cet objectif de mise à l’abri a minima risque d’être difficile à tenir. Depuis un an, on enregistre une explosion du nombre d’appels au 115, le numéro d’hébergement d’urgence. La situation a toujours été tendue dans des grandes villes comme Paris — la ligne du 115 est presque toujours saturée (à écouter, ici). Elle l’est désormais dans des villes moyennes, comme Amiens, jusqu’ici épargnée. Jean-Claude Langlois, membre de la structure associative en charge du Samu social de la Somme, a encore interpellé le préfet la semaine dernière. 15 personnes restent sans solution chaque soir. Pour maintenir la pression, le quotidien Le Courrier picard publie chaque jour le nombre de personnes qui ont passé la nuit dehors. Selon une enquête de la Fnars, publiée cet été, 50% à 60% des demandes d’hébergement d’urgence n’aboutissent pas.

 

 

«Contrairement à ce que voudrait faire croire le gouvernement, le nombre d’appels venant de demandeurs d’asile est stable. Ce qui augmente fortement, c’est les familles avec enfants», précise Matthieu Angotti de la Fnars. Trois ans après le début de la crise, les derniers remparts ont sauté : l’épargne est à sec, les droits au chômage sont épuisés. «On le mesure bien en répondant au 115 chaque jour. De plus en plus de personnes nous appellent pour la première fois. Avant, on avait au bout du fil des gens en grande exclusion, aujourd’hui ce sont des personnes en situation de précarité. Il n’y a plus de catégorie d’âge ou de classe sociale», constate Olivia Rattier du Samu social de Paris. Elle ne sait pas encore le nombre de lits supplémentaires qui seront ouverts dans le cadre du plan hivernal. «On est dans le flou complet. Mais ce qui nous préoccupe le plus, ce sont tous ces sans-abri qui ne nous appellent même plus car ils savent qu’on n’a pas suffisamment de places à proposer. On les perd de vue, et ça, c’est très inquiétant.» Le 10 novembre, plusieurs collectifs et associations appellent à une journée d’action pour le logement.

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