Le couvre-feu pour mineurs délinquants fait débat

Article de Flore Galaud publié sur LeFigaro.fr le 06 novembre 2009


«Démagogique», «incantatoire», «inapplicable»…Les adjectifs utilisés par les syndicats de magistrats et de policiers ne manquent pas au lendemain de la suggestion de Brice Hortefeux d’instaurer un couvre-feu pour les jeunes délinquants. Le ministre de l’Interieur a en effet annoncé mardi soir qu’il souhaitait mettre en place une réflexion autour de cette pratique pour les mineurs délinquants de moins de 13 ans. «Je suis de plus en plus partisan d’une mesure qui aurait le mérite de la simplicité, de la lisibilité et de l’efficacité: qu’un jeune de moins de 13 ans qui aurait déjà commis un acte de délinquance ait une interdiction de sortie nocturne s’il n’est pas accompagné», a-t-il expliqué.


L’annonce a suscité de vives réactions mercredi matin. Il s’agit «d’une mesure totalement inapplicable qui s’inscrit une fois de plus dans une politique répressive», a expliqué la responsable du Syndicat de la magistrature (SM) Emmanuelle Perreux. Avec une telle idée, on «désigne ces enfants comme des boucs émissaires». Même son de cloche du côté de la juge pour enfants Hélène Franco, qui s’interroge : «comment reconnaître les enfants délinquants dans la rue ?».


«Une mesure de bon père de famille»


«C’est une mesure de bon père de famille qui va rassurer la population» mais «il faut nous donner les moyens, notamment juridiques, de pouvoir l’appliquer», a de son côté expliqué Patrice Ribeiro, secrétaire général-adjoint de Synergie (2ème syndicat d’officiers de police. «C’est une idée séduisante mais comment va-t-on faire pour l’appliquer ?» et «avec quels moyens?», renchérit Jean-Claude Delage, secrétaire général d’Alliance (deuxième syndicat de gardiens de la paix), qui évoque une «réduction d’effectifs» et une «surcharge de missions» de police.


«On se moque du monde», a de son côté jugé Martine Aubry sur RTL. Alors que le gouvernement, «dans le budget actuel, vient d’annoncer plusieurs milliers» de policiers et de gendarmes «en moins», «vous pensez vraiment qu’il va y avoir des policiers pour aller contrôler la nuit, s’il y a un jeune qui est dans la rue, s’il a moins de treize ans ou plus de treize ans, s’il a été condamné, et s’il peut sortir?», a critiqué la maire de Lille. Pour le député socialiste de l’Essonne Julien Dray, cette proposition «est non seulement quasi impossible à mettre en pratique, mais elle marque surtout une nouvelle étape dans la fuite en avant qui masque l’échec de la politique de sécurité de Nicolas Sarkozy». Même son de cloche du côté des Verts, qui estime que le gouvernement, «irresponsable et aux abois», dégaine «dans tous les sens» à l’approche des élections régionales.


Initiative «courageuse» du ministre


L’UMP a salué de son côté «l’initiative courageuse de Brice Hortefeux». Cette mesure est «protectrice pour les enfants et utile pour la société» a ainsi estimé le secrétaire national du parti à la sécurité, Eric Ciotti. «En effet, les membres des bandes sont de plus en plus jeunes et cette initiative constitue une avancée dans la lutte contre la délinquance et pour la protection des plus jeunes impliqués, au début souvent malgré eux, dans la spirale de la violence et de la délinquance», a-t-il ajouté. Le porte-parole de l’UMP, Frédéric Lefebvre, a abondé dans ce sens, estimant même que les propos de Martine Aubry relevaient de «non assistance à personne en danger».


Le député des Yvelines, Pierre Cardo, s’est pour sa part déclaré «extrêmement réservé» sur la proposition du ministre de l’Intérieur, expliquant qu’elle posait un «problème de moyens».


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