Le nouveau visage de la France judiciaire

Article de Laurence de Charette, publié sur leFigaro.fr le 08 décembre 2009


Le 31 décembre prochain, 200 tribunaux d’instance vont disparaître. Un vrai bouleversement pour les villes concernées.


Le compte à rebours a commencé : le 31 décembre prochain, près de 200 tribunaux d’instance et autant de greffes vont fermer leur porte. Pour la première fois, la réforme de la carte judiciaire, annoncée depuis deux ans, va devenir tangible pour des centaines de milliers de justiciables. La carte des tribunaux français n’avait pas été modifiée depuis 1958, elle va cette fois subir des transformations importantes jusqu’à l’année prochaine : le 31 décembre 2010, 21 tribunaux de grande instance, juridictions plus importantes, baisseront à leur tour le rideau (deux l’ont déjà fait). Cette réforme à laquelle personne ne voulait croire, tant les résistances des élus locaux étaient fortes, sera bouclée.


Au total, plus de 400 implantations judiciaires vont disparaître, en comptant la suppression de 55 tribunaux de commerce et de 62 conseils des prud’hommes, déjà effectuée.


Pour la Chancellerie, ce vaste remaniement du paysage judiciaire représente un défi technique : une mission spéciale carte judiciaire a travaillé pendant plus d’un an pour préparer le big-bang. Sur le plan humain, la valse des mutations et nominations constitue un véritable casse-tête : 1 800 magistrats et greffiers sont concernés, sans compter les quelque 500 avocats dont le barreau n’existera plus. Dans de nombreux tribunaux appelés à fermer, les magistrats ont d’ailleurs souvent anticipé en demandant d’autres postes, si bien que la juridiction fonctionne déjà à effectifs réduits. La plupart des personnels de greffe vont, eux, rejoindre la juridiction avec laquelle feu leur tribunal a fusionné. Seuls quelques-uns d’entre eux restent sur place, accueillis dans une autre administration. «Aujourd’hui il ne reste plus que 20 cas à régler pour le basculement des tribunaux d’instance», lance, plutôt soulagé, un haut magistrat à la Chancellerie.


L’enjeu est également immobilier : la réforme de la carte ne représente pas moins de 450 opérations immobilières ! Pour accueillir les magistrats et les greffiers des juridictions rayées de la carte, on se serre un peu plus dans les tribunaux d’accueil ou bien on loue de nouveaux locaux, en attendant la réalisation de travaux d’agrandissement. Généralement, les locaux libérés n’appartenaient pas au ministère de la Justice, mais aux collectivités locales : quelques mairies envisagent déjà d’installer une bibliothèque, beaucoup n’ont pas encore de projet.


Pour la justice, la réforme a donc un coût important. Officiellement, ce vaste chamboulement immobilier est estimé par la Chancellerie à 385,7 millions d’euros sur dix ans. Dans son rapport sur le projet de loi de finances pour 2010, le député (UMP) Yves Deniaud marque toutefois un certain scepticisme vis-à-vis de ce chiffre. «Le rapporteur spécial s’interroge sur les critères qui ont prévalu à la distinction entre travaux relevant de la réforme de la carte judiciaire et hors carte judiciaire», note l’élu, soupçonnant une volonté de minorer le coût de la réforme face à un Parlement qui était plutôt hostile au projet.


Des estimations divergentes ont en effet été données. Dans une note interne de la Chancellerie, le chiffre est arrondi à 500 millions sur six ans. En 2008, la somme de 545 millions a été citée par le représentant du ministère devant la commission des finances du Sénat. Des documents préparatoires à la réforme, eux, évoquaient il y a deux ans un total approchant 900 millions d’euros… Par ailleurs, une partie des frais d’adaptation, par exemple informatiques, sont intégrés au plan de relance.

 

La Chancellerie est donc suspectée de ne pas dévoiler la totalité de l’addition, car la réforme de la carte judiciaire n’est toujours pas populaire auprès des élus - qui l’ont combattue en vain. Jean-Marie Bockel, à qui Michèle Alliot-Marie a confié le suivi de la réforme, a entrepris de faire le tour des cours d’appel. À chacun de ses déplacements, le secrétaire d’État à la Justice commence par répéter que les arbitrages ne changeront plus. Des lettres de protestation continuent en effet de parvenir Place Vendôme et des manifestations de protestation sont encore prévues cette semaine.


«À Péronne, tous étaient convaincus que leur palais de justice ne fermerait pas, simplement parce que Rachida Dati y avait exercé !», raconte un magistrat. «J’espère encore une réflexion», lance Gérard Gouzes, maire de Marmande, qui s’apprête à perdre, en plus de «son» tribunal de commerce, «son» tribunal de grande instance. «Le tribunal d’Agen est en travaux, les gens travaillent dans des préfabriqués, alors que notre tribunal, tout neuf, va être fermé, déplore-t-il. Vous voulez une photo ? Il est magnifique.» Amer, le maire envisage d’installer dans ces locaux un «tribunal arbitral» - un mode parallèle de résolution des conflits entre personnes privées. «Les avocats déménagent, les huissiers vont suivre, c’est un pan d’économie qui s’en va», regrette encore Guy Durand, le maire de Millau. Malgré tout, 23 tribunaux d’instance et 2 tribunaux de grande instance ont déjà fermé par anticipation, sans cris. «Ce n’est pas facile, explique Jean-Marie Bockel. Mais cela se passe quand même globalement mieux que je ne l’imaginais.»


Revue de presse

Le plan de modernisation des prisons françaises en question

29 juillet 2010

La ministre de la justice, Michèle Alliot-Marie, a annoncé lundi 26 juillet un “plan sans précédent de modernisation des prisons françaises”.

> Lire la suite

Prisons : la gestion privée épinglée par la Cour des comptes

26 juillet 2010

Depuis le plan de construction lancé par l’ancien garde des sceaux, Albin Chalandon, en 1987, les nouvelles prisons sont construites en partenariat avec un prestataire privé.

> Lire la suite

L’état de santé des détenus est “préoccupant”, selon la Cour des comptes

23 juillet 2010

Dans un rapport publié mardi 20 juillet sur l’administration pénitentiaire, la Cour des comptes attire l’attention sur plusieurs maux récurrents des prisons françaises : surpopulation, accès aux soins “défaillant”, travail et formation insuffisants, etc.

> Lire la suite

Les conditions de garde à vue sont-elles constitutionnelles ?

22 juillet 2010

Le Conseil constitutionnel s’est penché, mardi 20 juillet, sur la conformité à la Constitution de la garde à vue française.

> Lire la suite

La garde à vue à la loupe du Conseil constitutionnel

21 juillet 2010

Dès l’entrée en vigueur de la réforme constitutionnelle, de nombreux représentants des barreaux se ont contesté devant le Conseil constitutionnel la loi en vigueur sur la garde à vue, saisissant l’opportunité de faire avancer une cause qui n’avait pas rencontré beaucoup de succès au gouvernement.

> Lire la suite

La gratuité de l’aide juridictionnelle remise en question

15 juillet 2010

Le gouvernement veut mettre fin à la gratuité totale de l’accès à l’aide juridictionnelle. Il réfléchit à la mise en place d’un “ticket modérateur”, d’un peu moins de 10 euros, payé par le justiciable qui en bénéficie.

> Lire la suite

Grande-Bretagne : « La prison, ça ne marche pas »

1 juillet 2010

Le ministre de la Justice britannique, Ken Clarke, veut vider les prisons et encourager les peines alternatives. Un revirement de politique pour les conservateurs.

> Lire la suite

Le Sénat adopte la loi contre les violences conjugales

28 juin 2010

Le Sénat a adopté à l’unanimité, jeudi 24 juin, une proposition de loi, très attendue, portée par la droite et la gauche, destinée à amplifier la lutte contre les violences conjugales.

> Lire la suite

Drogues : débat autour de la création de salles de consommation

24 juin 2010

Les études internationales réalisées sur les salles de consommation - des lieux où les consommateurs de drogues peuvent s’injecter proprement les produits en se voyant proposer un accompagnement social - montrent qu’elles ont permis de réduire les décès par overdose et les nuisances pour les riverains des zones fréquentées par les toxicomanes.

> Lire la suite

Les Français sont plus nombreux à se méfier des drogues

23 juin 2010

Les Français sont plus nombreux à se méfier des drogues et à se montrer moins conciliants à l’égard de ceux qui en consomment, une “évolution très nette” depuis quelques années, révèle une enquête de l’Observatoire français des drogues et toxicomanies.

> Lire la suite