Le plan de modernisation des prisons françaises en question

Article de Chloé Baïze paru sur leMonde.fr le 27 juillet 2010


La ministre de la justice, Michèle Alliot-Marie, a annoncé lundi 26 juillet un « plan sans précédent de modernisation des prisons françaises ». Cette mesure comprend la fermeture de vingt-trois établissements, jugés trop vétustes pour être rénovés, ainsi que leur remplacement par de nouvelles structures « pour la plupart entre 2015 et 2017″.


Intervenant dans le cadre de la politique de modernisation des prisons françaises, qui avait déjà décidé l’année dernière de la fermeture et du remplacement de vingt-deux établissements, cette initiative entend répondre aux nombreuses critiques sur les conditions d’incarcération en France, et notamment au rapport assassin du commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe en novembre 2008.


Le porte-parole du ministère, Guillaume Didier, se félicite de ce plan « qui mettra enfin un terme à la vétusté des établissement pénitentiaires ». Pour ce dernier, cette mesure doit résoudre le problème de la surpopulation carcérale, avec « 68 000 places de prison à l’horizon 2017 [contre 56 324 aujourd'hui], dont plus de la moitié auront été ouvertes après 1990″. L’amélioration des conditions de détention par « la généralisation de la cellule individuelle, un meilleur confort sanitaire » est également souhaitée. Il est vrai que sur les 191 prisons que compte la France, 86 avaient été pointées du doigt pour leur non-respect des normes européennes. De même, les chiffres de 2009 présentent une surpopulation carcérale de près de 20 %, avec 62 113 détenus, selon un rapport sénatorial de 2009.


Mais ce sont surtout l’amélioration des infrastructures et la valorisation de l’accueil des familles que le gouvernement se vante de mettre en œuvre : toujours selon Guillaume Didier, la priorité de ce plan est de faire de la prison un lieu de vie plus agréable – la fin de l’usage du « tout béton » ou encore le « verdissement des espace » ont entre autres été évoqués –, où le « temps utile » serait privilégié par le développement « d’ateliers » et « d’espaces communs ». Une vingtaine de ces prisons modernes devraient encore être bâties dans les années à venir. Il s’agira de grands « pôles » qui pourront accueillir jusqu’à 700 détenus. Une façon d’offrir de bonnes conditions à tous, se justifie la chancellerie.


Mais ce vaste chantier de rénovation n’est pas du goût des syndicats du personnel pénitentiaire, qui évoquent de nouvelles conditions de travail « pénibles ». La délocalisation des prisons, par exemple, entraînera un éloignement du lieu de travail « d’en moyenne 80 kilomètres », se plaint Christophe Marques, secrétaire général de FO pénitentiaire. Ce dernier dénonce ainsi des « réformes comptables et prises au détriment du personnel et des familles et prisonniers ». Et la promesse du gouvernement de « traiter les demandes de mutation des agents en postes concernés par les fermetures d’établissement de manière prioritaire » ne semble pas suffire.


Au cœur des critiques, ces nouvelles prisons que promet le gouvernement, jugées coupables de la « déshumanisation » du milieu carcéral. Pour les syndicats, ces établissements entraînent des difficultés de gestion, en raison de leurs effectifs, mais également un cloisonnement des relations humaines. Avec l’introduction de la vidéosurveillance, elles réduisent en effet l’interaction entre détenus et personnel, pourtant si importante dans l’univers carcéral. Christophe Marques évoque enfin le manque de moyens mis en œuvre dans ces prisons : « Nous avons rencontré des problèmes électriques au niveau des grilles, les structures sont aussi moins solides, ce qui est ennuyeux pour une prison. »


Les nouvelles conditions d’accueil des familles sont également mises en doute. Certes, le gouvernement promet la généralisation des « unités de vie familiale », ces petits studios dans lesquels le détenu a le droit d’accueillir sa famille le temps d’un week-end, mais pour FO pénitentiaire « la relocalisation des prisons va renforcer l’éloignement, les membres de la famille ne seront pas tous en mesure de parcourir parfois plus de 400 kilomètres pour rendre visite au détenu ».


Pour l’Observatoire international des prisons (OIP), le gouvernement ne répond toujours pas aux attentes du Conseil de l’Europe et du contrôleur général des lieux de privation des libertés, Jean-Marie Delarue. Ce dernier, nommé par le président de la République en 2007, avait préconisé dans son rapport l’an dernier de favoriser des établissements à taille humaine, comprenant entre 150 et 200 détenus au maximum. Les effectifs prévus par la ministre sont donc encore trop importants.


Patrick Marest, délégué général de l’OIP, est d’avis que « plus on construit, plus on remplit : il faut valoriser d’autres moyens de réparation que l’incarcération, tels les travaux d’intérêt général ». Selon le rapport de la Cour des comptes rendu public le 20 juillet, le nombre de détenus a augmenté de 26,5 % entre 2005 et 2010.


En effet, plus de 85 % des détenus sortant de prison chaque année y ont purgé une peine de six mois en moyenne, « une expérience traumatisante, peu encadrée, qui pousse souvent à la récidive », juge-t-il. « Les mesures annoncées par le gouvernement ne résoudront pas le problème de la surpopulation carcérale », ajoute-t-il. Ainsi, c’est toute la politique sécuritaire du gouvernement, visant à l’élargissement de la détention, qui serait à revoir, selon cet organisme indépendant.

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