Les Batignolles : un Palais de justice ultramoderne en 2017

Dévoilée mercredi, la tour écologique signée par l’architecte italien Renzo Piano rassemblera en un lieu unique l’ensemble des services du tribunal de grande instance.

Quarante ans après le Centre Pompidou (IVe), érigé en 1977, un deuxième édifice monumental signé Renzo Piano habillera la capitale. Dévoilé mercredi, le futur palais de justice de Paris, que le célèbre architecte italien signe à 74 ans, culminera à 160 mètres de haut dans le quartier des Batignolles (XVIIe). Sa livraison est prévue en novembre 2016, pour une mise en service courant 2017. Ce chantier, le plus gros jamais mené par le ministère de la Justice, débutera l’an prochain. Réalisé dans le cadre d’un partenariat public-privé avec le groupe Bouygues, il coûtera 575 millions d’euros, selon l’estimation du garde des Sceaux, Michel Mercier.

«Un morceau de ville»

 

«Le futur Palais de justice hébergera en un lieu unique l’ensemble des services du tribunal de grande instance (TGI), dispersées aujourd’hui sur cinq sites, ainsi que du tribunal de police, a-t-il indiqué mercredi. Son dimensionnement, 62.000 m2, lui permettra aussi d’accueillir les tribunaux d’instance.» À l’étroit sur l’actuel site – engorgé – de l’île de la Cité (IVe), magistrats et avocats disposeront à l’avenir de 90 salles d’audience, dont la plus vaste pourra recevoir 700 personnes, contre 300 aujourd’hui. «Cela améliorera la tenue des audiences et contribuera à accélérer les délais de jugement, espère le ministre de la Justice. En outre, les équipements les plus modernes seront mis à la disposition des personnels de justice: la dématérialisation à grande échelle des dossiers entrera dans leur quotidien.»

 

Les vieux bâtiments de l’île de la Cité conserveront la cour d’appel et la Cour de cassation, indique la Place Vendôme. «Cet endroit demeurera le cœur historique de la justice à Paris. Les prud’hommes et l’antenne parisienne de l’école de magistrature (ENM) vont par ailleurs s’y installer », précise-t-on. Le nouveau site des Batignolles sera quant à lui relié par un couloir ultrasécurisé aux locaux de la police judiciaire, qui va déménager du 36, quai des Orfèvres pour s’implanter à côté du futur TGI.

 

Plus largement, c’est tout un quartier qui se métamorphose. «Un morceau de ville est en train de surgir, une ville qui se réconcilie avec ses voisins », s’est félicité Bertrand Delanoë, le maire de Paris. Longeant l’avenue de la porte de Clichy, le Palais de justice s’élèvera en effet à l’intersection de la capitale, des Hauts-de-Seine et de la Seine-Saint-Denis. L’édile du XVIIe, Brigitte Kuster (UMP), y décèle «une chance » pour son arrondissement. «L’œuvre de Renzo Piano va merveilleusement s’intégrer aux Batignolles, glisse-t-elle. Je regrette juste que davantage de commerces ne soient pas prévus autour du palais.»

 

L’accessibilité en question

 

Déjà desservie par la ligne 13 du métro et le RER, la future tour écologique de l’architecte génois devrait être connectée, d’ici à sa naissance, au tramway T3 et à la ligne 14. Une station «cité judiciaire» déversera même les passagers directement sur le parvis du palais. Insuffisant pour rassurer certains personnels de justice, qui s’inquiètent de l’accessibilité du lieu. «Pour un avocat de province comme moi, descendre à Châtelet, c’était parfait, regrette Me Borie. Je vais perdre du temps dans les transports, mais bon, si c’est plus fonctionnel, ça vaut peut-être le coup.» Une de ses consœurs se montre encore plus critique: «C’est un crève-cœur, j’adore ce vieux Palais de justice et aller aux Batignolles ne m’arrange pas du tout.» Il lui reste tout juste cinq ans pour s’habituer à l’idée.

 

Une exposition, «À la découverte du futur Palais de justice de Paris», a lieu jusqu’au 9 mars dans la salle des pas perdus du palais actuel (7, rue de Harlay, Ier). Gratuit.

 

Questions à Renzo Piano, l’architecte du palais de justice

 

Quelle ligne directrice avez-vous suivi pour concevoir le futur palais de justice de Paris?

 

Un palais de justice étant comme un mille-feuille où se superposent différentes fonctions, la première chose essentielle était de m’assurer qu’il soit pratique, qu’on y circule aisément. L’idée du mille-feuille ressort dans l’architecture du bâtiment, une sorte de paquebot à plusieurs ponts qui se pose, léger, sur son grand parvis. Ensuite, ce palais est appelé à devenir une petite ville, verticale, où se croiseront chaque jour près de 10 000 personnes. Pour qu’elles s’y sentent bien, il leur faudra des espaces de respiration.

 

Comment allez-vous procéder pour les leur offrir?

 

La nature va s’inviter avec près de 10 .000 m2 de terrasses – une par niveau – plantées de pins et d’arbres à hautes tiges. Des jardins suspendus appelés à devenir l’emblème du palais. Cela s’inscrit aussi, bien sûr, dans une démarche écologique. On ne construit plus comme au XXe siècle, il faut des bâtiments durables dans le temps et économes en énergie. Ainsi, le palais consommera moitié moins que les grandes tours les plus récentes édifiées en France. Nous allons utiliser la géothermie, la ventilation naturelle et la photovoltaïque. Dans le cas présent, l’architecte n’est plus seulement un architecte, mais aussi un bâtisseur, un urbaniste, et même un sociologue.

 

Un sociologue?

 

Oui, c’est un endroit qui va accueillir des gens fragiles, en attente d’être jugés. J’ai donc voulu quelque chose d’accueillant, qui dégage de la luminosité et de la sérénité. Le palais sera clair, léger, transparent et ouvert sur la ville, l’antithèse du palais intimidant, hermétique et sombre du passé. Par ailleurs, dans les années 1970, on construisait pour préserver le cœur historique de Paris, maintenant c’est pour sauver sa banlieue. Le palais sera orienté vers la périphérie, à la connexion de trois départements. Il deviendra un symbole fort du Grand Paris.

 

Pour le Figaro, Philippe Romain

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