Prison : « L’informatique va responsabiliser les détenus sur leur propre sortie »

Propos recueillis par Margherita Nasi,  parus sur LeMonde.fr le 15/07/11


Dans un avis publié mardi 12 juillet au Journal officiel, le contrôleur général des lieux de privation de liberté (CGLPL), Jean-Marie Delarue, recommande un assouplissement des règles d’accès des détenus à l’informatique. Loin de compromettre la sécurité au sein des établissements pénitentiaires, l’informatique est selon lui un outil essentiel à la réinsertion des détenus.

En France, combien d’établissements pénitentiaires assurent l’accès à Internet ?

Jean-Marie Delarue : Il y en a cinq, dans le cadre de ce que l’administration pénitentiaire appelle des « cyber-bases ». Mais c’est une forme d’expérience à titre exceptionnel, qui n’a pas valeur de reconnaissance d’un accès général à l’informatique. Ailleurs, l’accès à Internet est interdit.

La difficulté d’accès à l’informatique est-elle une exception française ?

Nous avons fait un sondage auprès de nos collègues européens. Nous sommes plus restrictifs : dans un certain nombre de pays, l’accès à Internet est reconnu depuis un petit moment déjà, notamment en Europe du Nord. Et sans que cela compromette la sécurité des établissements pénitentiaires.

En France, on craint que l’informatique permette aux caïds de faire leur réseau. Mais pour ça, il y a déjà les parloirs et les lettres, pas la peine d’inventer l’informatique ! Et puis cette inquiétude témoigne d’une méconnaissance de la prison : on considère qu’en prison il n’y a que des M. Dutroux et quelques autres qui lui ressemblent beaucoup. C’est faux : la plupart des détenus ont commis des petits délits. Il ne faut jamais oublier que le séjour moyen en prison est de 9 mois et demi. Les réseaux mafieux, le trafic de stupéfiants, parfaitement décrits dans les romans, ne correspondent pas franchement à la réalité de la prison. Il faut comprendre que l’emprisonnement est déjà très dur en soi, ce n’est pas la peine de rajouter des punitions que le code pénal n’a pas prévues.

Vous affirmez dans l’avis au Journal officiel que « l’assouplissement des règles d’accès à l’informatique est nécessaire si l’on veut améliorer la réinsertion des personnes détenues et la prévention de la récidive ». En quoi l’accès à l’informatique est-il important pour la prévention de la récidive ?

Quand on a accès à l’informatique, on a accès au cours d’université auquel on s’est inscrit, aux petites annonces sur le logement qu’on va pouvoir occuper à la sortie, aux petites annonces pour trouver un emploi. Imaginez deux personnes sortant de prison : une a réussi à trouver un logement et une source de revenu avant sa sortie, pas l’autre. Laquelle des deux va être plus encline à récidiver ? C’est évidemment la seconde.

L’informatique est un outil qui va permettre de responsabiliser les détenus sur leur propre sortie. Elle permet d’amplifier les outils de réinsertion sans changer leur nature. Je n’ai aucun doute sur le résultat final, et d’autant moins que les instruments classiques de réinsertion aujourd’hui en prison sont en crise parce qu’il n’y a pas assez de soutien, il n’y a plus beaucoup de travailleurs sociaux en prison, et ils sont tous débordés. Au moment où ces instruments de réinsertion sont en crise, l’informatique devient plus que jamais nécessaire.

Quand Badinter a introduit la télévision dans les prisons, on a crié au scandale. C’est un peu le même type de réaction auquel on assiste aujourd’hui. Je suis attentif notamment à la réaction des professionnels qui travaillent dans des conditions difficiles, comme les surveillants. Il ne faut pas qu’ils s’inquiètent : l’informatique va au contraire être un élément de sécurité pour eux, puisqu’elle va diminuer les tensions. Elle va ramener le calme, et pas seulement de façon passive, comme le voulait la télévision il y a 20 ans, mais de façon active.

Comment contrôler l’utilisation d’Internet auprès des détenus ?

En prison, on a un degré de contrainte permanent sur les personnes. Il faut une autorisation pour savoir si on peut aller voir un médecin. Je n’ai aucun doute sur le fait qu’avant d’envoyer un message il faudra s’assurer qu’un tiers l’aura lu. Il n’y a d’ailleurs pas de différence de nature avec les courriers que les détenus envoient, et qui sont lus par les surveillants. Quant à l’accès aux sites internet, nous avons travaillé avec la Commission nationale de l’informatique et des libertés : il est parfaitement loisible d’interdire l’accès à certains sites.

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