Récidive : le Sénat défend le secret médical
Article de Laurence De Charette, publié le 16 février 2010 sur LeFigaro.fr
Les sénateurs examinent à partir de ce mercredi, et pendant deux jours, le projet de loi «visant à amoindrir les risques de récidive», un texte qu’ils devraient refuser de durcir. La semaine dernière, la commission des lois, lors des travaux préparatoires, a en effet contrecarré le sérieux tour de vis donné, le 24 novembre dernier, par les députés, emmenés par le rapporteur UMP Jean-Paul Garraud. La version approuvée par l’Assemblée nationale prévoit notamment de sanctionner les délinquants sexuels qui refuseraient de poursuivre leur traitement hormonal. Les députés ont prévu que les condamnés qui interrompraient, une fois remis en liberté – mais toujours sous surveillance -, la médication baptisée «castration chimique» puissent à nouveau être privés de liberté. Mais, pour être appliquée, cette mesure suppose que les médecins transmettent l’information à la justice, ou à l’administration pénitentiaire. Et c’est là que réside l’essentiel du problème.
Plusieurs associations regroupant des psychiatres travaillant avec des délinquants sexuels et des détenus sont montées au créneau pour défendre le secret médical et l’autonomie des médecins dans le traitement de leurs patients. «On se trompe si l’on croit que l’on peut soigner une personne malgré elle», assure Pierre Lamotte, médecin en prison. «L’organe principal de la sexualité humaine, c’est le cerveau, l’idée de “castration” est un leurre», poursuit-il .
Les traitements dits de «castration chimique» suscitent en effet un vif débat au sein de la communauté médicale. «Ils ne sont utiles que dans 15% maximum des cas, explique Jean-René Lecerf (UMP), rapporteur du texte au Sénat et opposé au projet des députés. Ils ne sont par exemple efficaces que pour les délinquants sexuels extra-familiaux, or beaucoup de pédophiles agissent dans le cercle familial. De plus, on ne peut pas les utiliser à long terme. Rien ne sert donc de les imposer en prison.»
Pour les sénateurs, les médecins ne peuvent être contraints à lever le secret professionnel. «Je ne comprends pas le raisonnement du Sénat, défend, contrarié par ce revirement, le député Jean-Paul Garraud. Car on parle bien là de personnes qui ont déjà été jugées dangereuses par plusieurs commissions… Si elles interrompent leur traitement, il y a bien un risque de récidive.»
Dans le système actuel, il n’existe pas d’obligation d’information. Un médecin «coordonnateur», en relation avec la justice, peut être informé par le médecin traitant, et doit lui-même recevoir à intervalles réguliers le condamné soumis à une «injonction» de soins. Mais le suivi médical des délinquants sortis de prison reste un maillon faible de la chaîne.
Le projet de loi «récidive» a d’ailleurs été sorti des cartons par Michèle Alliot-Marie, après le meurtre, fin septembre, d’une femme à Milly-la-Forêt. Le garde des Sceaux avait alors souhaité publiquement que les délinquants sexuels qui ont accepté de se soumettre, à leur sortie de prison, à un traitement inhibiteur de la libido soient réincarcérés s’ils ne le suivaient pas. La Chancellerie cherche actuellement un compromis qui ne remette pas en cause le secret médical pour réconcilier députés et sénateurs.
Revue de presse
L’hébergement d’urgence, une affaire de saison
31 janvier 2012La nuit approche et pour la première fois, Boubacar comprend qu’il n’aura pas d’endroit où dormir. C’est la veille de Noël, il appelle le 115 [...]
> Lire la suiteA Evry, la justice des mineurs fait du sur-mesure
16 janvier 2012Les parquetiers guident les enquêtes des policiers, qui agissent sous leur contrôle, et prennent les premières décisions : classer les affaires, renvoyer les dossiers les plus lourds vers le juge des enfants ou le juge d’instruction qui engagent des procédures à long terme. Ou, dans plus d’un cas sur deux, apporter eux-mêmes une réponse pénale.
> Lire la suiteDe la correctionnelle aux assises, le nouveau visage de la justice en 2012
2 janvier 2012L’organisation judiciaire présente depuis dimanche 1er janvier plusieurs nouveautés significatives, telles que la présence de jurés populaires dans certains tribunaux correctionnels, la motivation des arrêts d’assises ou le tribunal correctionnel pour mineurs.
> Lire la suiteL’hébergement d’urgence dans une crise de moyens
19 décembre 2011Dans un rapport d’évaluation sur « la politique publique de l’hébergement des personnes sans domicile », rendu public jeudi 15 décembre, la Cour des comptes, garante de la bonne utilisation des deniers publics, préconise de mettre plus d’argent en faveur de l’hébergement d’urgence
> Lire la suiteLes procureurs alertent sur leurs conditions de travail
12 décembre 2011Les procureurs de la République, dans une démarche sans précédent, ont attiré « solennellement » jeudi l’attention sur « la gravité de la situation des parquets » français, en termes de statut, de moyens et d’insécurité juridique.
> Lire la suiteLa politique carcérale française est inefficace, voire contre-productive, selon l’OIP
7 décembre 2011Les politiques pénale et pénitentiaire menées de 2005 à 2011 au nom de la prévention de la récidive se sont soldées par des mesures « inefficaces, voire contre-productives », estime l’Observatoire international des prisons (OIP) dans un rapport publié mercredi 7 décembre.
> Lire la suiteDroit au logement opposable : les ménages en attente de relogement toujours plus nombreux
30 novembre 2011Plus de 4000 familles franciliennes déclarées éligibles au DALO en 2008 attendent toujours une attribution de HLM, trois ans plus tard.
> Lire la suiteDes bracelets électroniques contre les violences conjugales
24 novembre 2011Amiens, Strasbourg et Aix-en-Provence sont les trois villes choisies pour expérimenter dès 2012 des bracelets électroniques chargés de tenir à distance des conjoints violents.
> Lire la suitePlan grand froid : 15 000 places d’hébergement et des médecins retraités mobilisables
Près de 15 000 places d’hébergement pour les SDF seront mobilisables cet hiver en cas de grand froid et, nouveauté, des « médecins retraités réservistes » pourront appuyer les associations.
> Lire la suiteHébergement des sans-abri : toujours trop d’urgence
2 novembre 2011Dans les jours qui viennent, les préfectures vont renforcer leur dispositif d’accueil des sans-abri dans le cadre du plan hivernal.
> Lire la suite